Bonus-malus auto : comprendre le calcul avec exemples chiffrés 2026
Publié le · 9 min lecture
Le bonus-malus, ou coefficient de réduction-majoration (CRM), est le mécanisme qui ajuste chaque année votre prime d’assurance auto en fonction de votre sinistralité passée. Encadré par l’annexe à l’article A121-1 du Code des assurances, il s’applique uniformément à tous les contrats d’assurance auto vendus en France par les compagnies agréées par l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution). Voici son fonctionnement précis, avec trois exemples chiffrés pour 2026.
Disclaimer : votre prime finale dépend de votre profil complet (véhicule, zone de circulation, formule, options). Le CRM n’est qu’un facteur multiplicatif. Demandez un devis personnalisé pour obtenir une estimation fiable.
Qu’est-ce que le coefficient bonus-malus ?
Le CRM est un coefficient multiplicateur appliqué à la prime de référence de votre contrat. Tout nouveau conducteur démarre à 1.00. Chaque année sans sinistre responsable abaisse ce coefficient ; chaque sinistre responsable l’augmente. La prime payée à l’échéance correspond au produit : prime de référence × CRM en vigueur.
Concrètement, si votre prime de référence est de 800 euros par an et que votre CRM est de 0.76, vous payez 800 × 0.76 = 608 euros. Si vous passez à un CRM de 1.25 après un sinistre, vous payerez 800 × 1.25 = 1 000 euros l’année suivante.
Le CRM est personnel et suit le conducteur principal, pas le véhicule. C’est ce qui permet le transfert d’un véhicule à un autre, et la conservation de l’historique chez un nouvel assureur via le relevé d’information.
La règle du bonus annuel : 0.95 par année sans sinistre
Pour chaque période de 12 mois consécutifs sans sinistre responsable, votre CRM est multiplié par 0.95, soit une réduction de 5 % par an.
La formule est strictement encadrée : la période s’apprécie aux deux mois précédant l’échéance annuelle du contrat. Autrement dit, un sinistre déclaré dans le mois qui précède l’échéance compte pour l’année qui s’achève, pas pour la suivante.
Voici l’évolution standard d’un conducteur qui démarre à 1.00 sans aucun sinistre :
| Année | Calcul | CRM |
|---|---|---|
| 0 (départ) | 1.00 | 1.00 |
| 1 | 1.00 × 0.95 | 0.95 |
| 2 | 0.95 × 0.95 | 0.90 |
| 3 | 0.90 × 0.95 | 0.85 |
| 4 | 0.85 × 0.95 | 0.81 |
| 5 | 0.81 × 0.95 | 0.76 |
| 6 | 0.76 × 0.95 | 0.72 |
| 7 | 0.72 × 0.95 | 0.68 |
| 8 | 0.68 × 0.95 | 0.64 |
| 9 | 0.64 × 0.95 | 0.60 |
| 10 | 0.60 × 0.95 | 0.57 |
| 11 | 0.57 × 0.95 | 0.54 |
| 12 | 0.54 × 0.95 | 0.51 |
| 13 | 0.51 × 0.95 = 0.4845, plafonné | 0.50 |
Le plafond minimum est de 0.50, atteint au bout de 13 années pleines sans sinistre responsable. Vous ne pouvez pas descendre en dessous : c’est une limite légale.
La règle du malus : ×1.25 par sinistre responsable
Chaque sinistre engageant votre responsabilité à 100 % déclenche un coefficient majorant de 1.25, soit une augmentation de 25 % par sinistre.
Si vous êtes responsable à 50 % (accrochage en partage de torts, par exemple un refus de priorité réciproque dans un carrefour), la majoration est de 1.125, soit 12,5 %.
Plusieurs sinistres dans la même année se cumulent multiplicativement : deux sinistres 100 % responsables donnent 1.25 × 1.25 = 1.5625, soit un CRM majoré de 56 %.
Le plafond maximum est de 3.50, atteint après une succession de sinistres. Au-delà, l’assureur peut refuser de renouveler le contrat, mais le CRM lui-même ne monte plus.
Certains sinistres n’entraînent pas de malus :
- vol et tentative de vol,
- incendie d’origine accidentelle,
- bris de glace seul (sans collision),
- catastrophe naturelle ou technologique,
- accident causé par un événement non imputable à la conduite,
- accident dans lequel votre responsabilité n’est pas engagée (un tiers identifié vous percute à l’arrêt).
La descente du malus : retour à 1.00 après 2 ans sans sinistre
Une règle souvent ignorée : le malus n’est pas figé à vie. Si vous accumulez 2 années consécutives complètes sans sinistre responsable, votre CRM est automatiquement ramené à 1.00, quel que soit le niveau atteint auparavant. C’est la « descente rapide ».
Cela signifie qu’un conducteur passé de 1.00 à 1.5625 après deux sinistres dans la même année peut revenir à 1.00 dès la troisième année, à condition de ne déclarer aucun sinistre responsable pendant 24 mois pleins.
Au-delà de ce retour à 1.00, le mécanisme classique du bonus reprend : 0.95 par an, jusqu’au plafond de 0.50.
Le bonus à vie : une protection après 3 ans à 0.50
Depuis 2014, une disposition appelée « bonus à vie » protège les conducteurs ayant atteint le coefficient plancher de 0.50 et l’ayant conservé pendant au moins 3 années consécutives sans sinistre responsable.
Le mécanisme : si un sinistre responsable survient après ces 3 années à 0.50, le premier sinistre ne déclenche pas de malus. Le CRM reste à 0.50.
Attention : c’est une clause contractuelle proposée par la majorité des assureurs français, mais pas une obligation légale stricte. Vérifiez dans vos conditions générales si elle est mentionnée, et sous quelles conditions (certaines compagnies excluent les conducteurs occasionnels du véhicule).
Le transfert entre véhicules et entre assureurs
Le CRM vous appartient en tant que conducteur principal. En cas de changement de véhicule chez le même assureur, le coefficient est transféré automatiquement. En cas de changement d’assureur, demandez un relevé d’information à votre ancien assureur (obligation de fournir sous 15 jours). Ce document mentionne votre CRM actuel, la date des sinistres éventuels et leur classification (responsabilité 100 %, 50 %, 0 %). Le nouvel assureur applique strictement ce CRM au démarrage du contrat.
Jeune conducteur : démarrage à 1.00 et surprime spécifique
Tout jeune conducteur (moins de 3 ans de permis B, ou conducteur novice ayant repris l’assurance après une longue interruption) démarre à CRM 1.00, comme tout nouvel assuré. Il n’y a pas de pénalité au niveau du coefficient lui-même.
En revanche, les assureurs appliquent une surprime jeune conducteur distincte du CRM, plafonnée légalement :
- 100 % la première année de permis,
- 50 % la deuxième année,
- 25 % la troisième année.
Cette surprime se cumule avec le CRM. Un jeune conducteur en première année paie donc : prime de référence × 1.00 × 2.00 = double de la prime de référence.
Bonne nouvelle : la conduite accompagnée divise la surprime par deux et son rythme de réduction est plus rapide (50 % la 1re année, 25 % la 2e, 12,5 % la 3e).
Exemple chiffré 1 : conducteur 5 ans sans sinistre
Sophie souscrit un contrat auto en 2021 avec une prime de référence de 720 euros. Elle ne déclare aucun sinistre sur 5 ans.
- 2021 (souscription) : CRM 1.00, prime payée 720 euros.
- 2022 : CRM 0.95, prime 684 euros.
- 2023 : CRM 0.90, prime 648 euros.
- 2024 : CRM 0.85, prime 612 euros.
- 2025 : CRM 0.81, prime 583 euros.
- 2026 : CRM 0.76, prime 547 euros.
Économie cumulée sur 6 ans : 720 × 6 = 4 320 euros si le CRM restait à 1.00, contre 3 794 euros payés réellement. Soit 526 euros économisés grâce au mécanisme de bonus.
Exemple chiffré 2 : conducteur avec un sinistre 100 % responsable
Marc roule à CRM 0.76 en 2025 (5 ans sans sinistre) avec une prime de référence de 720 euros, soit 547 euros payés.
En octobre 2025, Marc provoque un accrochage en sortie de parking : sinistre 100 % responsable. Son CRM 2026 est calculé ainsi : 0.76 × 1.25 = 0.95.
Sa prime 2026 passe à 720 × 0.95 = 684 euros. Soit 137 euros de plus par an. Sur 3 ans (durée moyenne avant retour à un niveau équivalent), le sinistre lui aura coûté en surcoût d’assurance environ 350 à 400 euros, en plus de la franchise éventuelle déjà payée.
Hypothèse de récupération : si Marc ne déclare plus aucun sinistre, son CRM évolue ensuite :
- 2027 : 0.95 × 0.95 = 0.90,
- 2028 : 0.90 × 0.95 = 0.85,
- 2029 : 0.85 × 0.95 = 0.81 (niveau pré-sinistre retrouvé).
Il lui faut 3 années pleines pour effacer l’impact tarifaire du malus.
Exemple chiffré 3 : jeune conducteur année 1 vs année 4
Léa obtient son permis B classique en mai 2023. Elle souscrit un contrat avec une prime de référence de 950 euros.
- Année 1 : CRM 1.00, surprime 100 %. Prime payée 950 × 1.00 × 2.00 = 1 900 euros.
- Année 2 (aucun sinistre) : CRM 0.95, surprime 50 %. Prime 950 × 0.95 × 1.50 = 1 354 euros.
- Année 3 (aucun sinistre) : CRM 0.90, surprime 25 %. Prime 950 × 0.90 × 1.25 = 1 069 euros.
- Année 4 (aucun sinistre) : CRM 0.85, surprime 0 %. Prime 950 × 0.85 = 808 euros.
Avec conduite accompagnée, Léa aurait économisé environ 950 euros supplémentaires sur les 3 premières années grâce à la surprime divisée par deux.
FAQ bonus-malus
Le bonus-malus s’applique-t-il aussi aux deux-roues ? Oui, le même barème s’applique aux contrats moto, scooter et cyclomoteur de plus de 50 cm³. Pour les cyclomoteurs de moins de 50 cm³, certains contrats appliquent un système simplifié ; vérifiez les conditions particulières.
Un sinistre déclaré mais sans indemnisation impacte-t-il le CRM ? Si vous déclarez un sinistre et que l’assureur n’a versé aucune indemnité (par exemple, vous renoncez à la prise en charge), le sinistre ne pénalise pas votre CRM. Demandez l’écrit confirmant cette absence d’imputation.
Puis-je « racheter » un malus ? Non. Aucun mécanisme légal ne permet de payer pour effacer un malus. Seules les 2 années sans sinistre responsable ramènent le CRM à 1.00, et la procédure est automatique.
Pour aller plus loin
Le texte de référence est l’annexe à l’article A121-1 du Code des assurances, consultable sur Légifrance. La Fédération française de l’assurance publie un guide pédagogique du bonus-malus mis à jour annuellement. Les statistiques sectorielles sont disponibles sur le site de France Assureurs.
Maîtriser le mécanisme du bonus-malus, c’est anticiper l’impact réel d’un sinistre sur trois ans de cotisations et arbitrer en connaissance de cause : déclarer ou prendre en charge soi-même un petit accrochage à 400 euros peut, dans certains cas, coûter moins cher que la majoration cumulée. C’est aussi savoir que la patience paie : 13 années de conduite tranquille divisent votre prime par deux, à vie ou presque.
Information éditoriale. Couverox ne distribue pas de contrats d'assurance. Votre prime dépend de votre profil, de votre véhicule et de votre zone de circulation. Pour un devis, contactez un assureur agréé par l'ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution).